Les 18 et 19 novembre derniers, les Rencontres Nationales organisées par les Compagnons Bâtisseurs et la Coordination Marseillaise Santé Mentale et Habitat, ont été riches en échanges et en apprentissages. Le DAC Provence Santé Coordination y a participé activement avec un objectif clair : mieux comprendre pour mieux accompagner.
Redéfinir le syndrome
Ces journées ont mis en lumière la pluralité des définitions du syndrome de Diogène et la nécessité de questionner son appellation. Plutôt que de s’en tenir à des étiquettes, il s’agit de repartir des faits et des situations vécues pour construire des réponses adaptées.
Contrairement aux idées reçues, le syndrome de Diogène n’est pas un diagnostic, mais un ensemble de signes dont le critère cardinal est la non-demande d’aide, souvent masquée par la honte et une dissonance cognitive.
Repères historiques :
- Le terme apparaît en 1913 et entre en médecine gériatrique en 1975.
- En 2013, le trouble d’accumulation (hoarding disorder) est intégré au DSM-5, mais il ne couvre qu’une partie du problème.
- À ce jour, aucun consensus clair n’existe sur la définition complète.
Le nom renvoie au philosophe Diogène, figure prônant l’auto-suffisance, bien qu’il n’ait rien à voir avec la pathologie telle qu’on l’entend aujourd’hui.

Caractéristiques principales
Pour mieux comprendre et intervenir, voici les principaux traits observés :
- Non-demande d’aide : signe cardinal, souvent lié à la honte et à une dissonance cognitive.
- Accumulation et incurie : objets, déchets, parfois animaux (on parle alors du « syndrome de Noé »).
- Rapport particulier aux objets :
- hyper-rationalisation,
- anthropomorphisme,
- attachement affectif excessif
- stress intense à l’idée de s’en séparer.
- Isolement social : associé à la honte, parfois à une mégalomanie.
- Troubles cognitifs fréquents : déficit des fonctions exécutives, difficultés à organiser, anticiper, décider.
- Conséquences physiques : dénutrition, chutes, absence de soins médicaux.
- Pathologies associées : troubles neurocognitifs, Alzheimer, syndrome frontal, stress post-traumatique, dépression, addictions, TDAH, troubles psychotiques, lésions cérébrales…
En France, 1,7 million de personnes par an seraient concernées. Le psychiatre Clark rappelle que les troubles psychiatriques n’expliquent pas tout : il faut une approche globale.

Se repositionner en tant que professionnels
À travers des scénettes et le théâtre forum, nous avons expérimenté des techniques pour ajuster notre posture et notre discours. L’enjeu : remettre l’humain au centre, se mettre au même niveau que la personne et adopter une approche respectueuse et collaborative.
La clé de l’accompagnement repose sur :
- le lien de confiance,
- le respect de la temporalité,
- l’aller-vers,
- la compréhension des risques et la réduction des dommages,
- une vision éthique : soutenir sans imposer.

Focus local : des ressources pour agir
Sur notre territoire, les Compagnons Bâtisseurs proposent :
- Une hotline pour appui, conseil et expertise : 06 08 03 80 74 (lun.-jeu. 9h-12h / 13h-17h, ven. 9h-12h)
- Un guichet unique pour les départements 13, 83 et 06 afin de recenser les situations
- Un COTECH Diogène par département, en présence de l’ARS et des institutions concernées
- Un accompagnement à domicile des personnes concernées, résidant dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Vaucluse et le parc social de la Métropole Aix-Marseille (projet AMP), incluant la gestion du trouble comportemental, l’organisation du débarrassage et un soutien social (avec possibilité de prise en charge du coût dans le cadre du projet AMP).
Le DAC participe régulièrement à ces comités techniques et apporte son expertise pour intégrer la dimension sanitaire dans les parcours de vie de ces personnes, que nous considérons comme extraordinaires

